- ALERTE ROUGEOLE !

Article publié le 15/03/2018 (sources : Le quotidien du médecin du 105/03/2018, et alerte DGS du 14/03/2018)

Les autorités sanitaires tirent la sonnette d’alarme : la multiplication des cas de rougeole fait craindre une épidémie nationale en France, semblable à celle qu’elle a connue entre 2008 et 2012 (24 500 cas a minima, 1 500 pneumonies graves, 35 encéphalites, 20 décès).

Depuis le 6 novembre 2017, date de début de l’épidémie en Nouvelle-Aquitaine, et le 12 mars 2018, 913 cas de rougeole ont été déclarés. Près de 9 cas sur 10 sont survenus chez des personnes non ou incomplètement vaccinées.

Une accélération depuis 3 semaines

Parmi les 913 cas, 201 (près d’un quart) ont été hospitalisés, dont 9 en réanimation. Un décès est survenu en février, à Poitiers : celui d’une jeune femme non vaccinée. Ce qui porte à 21 le nombre de décès dus à la rougeole depuis 2008 (parmi eux, 8 personnes étaient immunodéprimées – avec contre-indication à la vaccination). La rougeole est l’une des pathologies les plus contagieuses, un cas pouvant contaminer 15 à 20 personnes dans une population non immunisée.

« Plus de 90 % des 913 cas sont apparus en 2018 ; il y a eu une accélération ces trois dernières semaines, avec près de 46 % d’augmentation des cas par rapport à l’incidence de début novembre », a souligné le Dr Daniel Levy-Bruhl, responsable de l’unité Infections respiratoires et vaccination de Santé publique France. Il insiste sur la dissémination du virus : si fin 2017, les cas se concentraient aux 3/4, en Nouvelle-Aquitaine, cette région ne rassemble que la moitié de ces cas ; 59 départements sont touchés, en particulier en Provence-Alpes-Côte d’Azur, Bretagne, et dans les Pays de la Loire.

Les nourrissons payent le prix d’une couverture vaccinale insuffisante

Les nourrissons de moins d’un an sont les populations les plus touchées (taux d’incidence de près de 8 pour 100 000 cas) : « Ils ne peuvent pas être vaccinés ; ils paient le prix du défaut de vaccination de leur environnement », explique le Dr Levy-Bruhl. La rougeole frappe particulièrement les 1-4 ans (près de 6/100 000), « ce qui reflète leur insuffisante vaccination », ainsi que les jeunes adultes (de 15 à 30 ans), « du fait du rattrapage insuffisant de la vaccination pour cette tranche d’âge ».

La vaccination contre la rougeole, fortement recommandée jusqu’au 1er janvier 2018, fait désormais partie des 11 vaccins pédiatriques obligatoires.

« L’élimination de la rougeole est un objectif prioritaire de l’Organisation mondiale de la santé ; pour cela il faut atteindre l’objectif d’une couverture vaccinale de 95 % pour les personnes à risque », a rappelé le Pr Jérôme Salomon, directeur général de la santé (DGS). La protection conférée par la maladie est efficace pour un individu, mais seule l’immunité collective fait barrière à un virus, a-t-il indiqué.

ALERTE DGS

Au 12 mars 2018, 913 cas ont été déclarés depuis le 6 novembre 2017, confirmant le début d’une épidémie en France. L’augmentation rapide du nombre de cas observée depuis les trois dernières semaines (environ 300 cas) fait craindre une épidémie d’ampleur importante.

La proportion de cas de rougeole chez les personnes non ou insuffisamment vaccinées nées après 1980 reste très importante (87%) et reflète l’insuffisance de la couverture vaccinale contre la rougeole en France. Dans ce contexte, nous vous rappelons l’importance de la vérification systématique du statut vaccinal vis-à-vis de la rougeole de toute personne née après 1980 et particulièrement les enfants de 1 à 4 ans, les adolescents, les jeunes parents et les femmes en âge de procréer.

Tout cas de rougeole doit être signalé immédiatement sans attendre les résultats biologiques par tout moyen approprié (téléphone, télécopie…) à votre ARS. Les contacts non ou insuffisamment vaccinés de ces cas doivent pouvoir bénéficier très rapidement des mesures de prévention.

Devant tout patient suspecté de rougeole (présentant une éruption cutanée fébrile caractéristique) la mise en œuvre des mesures barrières suivantes est nécessaire :

- assurer, dans la mesure du possible, la prise en charge du patient à domicile ;
- privilégier les prélèvements biologiques à domicile s’ils étaient nécessaires ;
- isoler le patient, lui faire laver les mains et porter un masque chirurgical ;
- assurer la protection individuelle du professionnel de santé par des mesures de protection de type « air » ;
- rappeler à l’entourage du patient les règles d’hygiène (solutions hydro-alcooliques) ;
- recommander l’éviction de la collectivité jusqu’à 5 jours après le début de l’éruption ;
- aérer les zones de présence du patient car la transmission aérienne du virus reste possible jusqu’à 2 heures dans un espace clos après son départ.

Consulter l’aide-mémoire sur les recommandations vaccinales et sur les mesures préventives autour d’un cas de rougeole